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Les valeurs de défense ont plongé pendant que l'IA rafle la mise. Voici pourquoi le potentiel reste énorme.

Trader Fantome
il y a 5 j · 11 min de lecture
Les valeurs de défense ont plongé pendant que l'IA rafle la mise. Voici pourquoi le potentiel reste énorme.

Depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, les valeurs de défense ont connu l'un des rallyes boursiers les plus spectaculaires de la décennie avant de corriger fortement fin 2025 et en 2026, l'intelligence artificielle captant l'essentiel des flux d'investissement. Pourtant, budgets militaires records, multiplication des conflits et stocks de munitions dramatiquement bas dessinent un potentiel de long terme qui n'a, sur le fond, jamais été aussi fort.

Avertissement : ce texte est une synthèse factuelle, pas un conseil en investissement. Les marchés financiers comportent un risque de perte en capital, et rien ici ne doit être lu comme une recommandation d'achat ou de vente.

Un rallye spectaculaire, puis un coup de frein brutal

Le point de départ est connu : l'invasion de l'Ukraine en février 2022 a agi comme un déclencheur pour tout le secteur de la défense occidental. Rheinmetall, le fabricant allemand de munitions et de blindés, a vu son action progresser de plus de 600 % entre janvier 2022 et fin 2024 l'une des performances les plus impressionnantes de toute la cote européenne sur la période. Le secteur dans son ensemble a bénéficié du même mouvement : hausse des budgets, carnets de commandes qui explosent, et une lecture plus souple des critères ESG qui a rouvert la porte du secteur à des investisseurs qui l'évitaient depuis des années.

Mais ce rallye n'a pas tenu jusqu'au bout. Fin 2025 et au cours de 2026, les valeurs de défense ont connu des phases de correction marquées, pour plusieurs raisons qui se cumulent. D'abord, les valorisations avaient déjà intégré une grande partie de la hausse des budgets investir davantage revenait à parier sur une nouvelle vague de dépenses encore plus importante que celle déjà anticipée, un pari plus fragile. Ensuite, chaque annonce de négociations de paix en Ukraine a provoqué des corrections brutales sur certaines valeurs du secteur, les marchés anticipant une désescalade et donc un ralentissement des commandes. Enfin et c'est sans doute le facteur le plus structurant l'intelligence artificielle a capté une part croissante et disproportionnée des flux de capitaux mondiaux, les investisseurs réallouant leurs portefeuilles vers un thème jugé à plus fort potentiel de croissance à court terme, au détriment de secteurs plus matures comme la défense.

Pourquoi les fondamentaux, eux, n'ont jamais été aussi solides

C'est là que la situation devient intéressante pour qui regarde au-delà du prix de l'action à court terme. Sur le plan structurel, presque tous les indicateurs pointent dans la même direction celle d'une demande en hausse durable, pas d'un pic ponctuel.

Les budgets explosent, partout. Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 887 milliards de dollars en 2025, en progression pour la onzième année consécutive selon le SIPRI. En Europe, le budget de défense cumulé des Vingt-Sept est passé de 262 milliards d'euros en 2022 à 418 milliards en 2025, avec une estimation à 454 milliards pour 2026 une hausse de 78,6 % en cinq ans. Et ce n'est qu'un début : l'OTAN a relevé son objectif de dépenses militaires de 2 % à 5 % du PIB à l'horizon 2035 pour l'ensemble de ses membres, une trajectoire qui, si elle est tenue, représente un quasi-triplement des budgets sur une décennie.

Le monde n'a jamais compté autant de conflits actifs. Plus de 130 conflits armés sont recensés simultanément en 2026 selon le CICR un niveau jamais atteint depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, plus du double d'il y a 15 ans. Cette multiplication des foyers de tension Ukraine, Moyen-Orient, tensions Chine-Taïwan, Sahel alimente une demande de réarmement qui ne dépend plus d'un seul conflit, mais d'une recomposition géopolitique globale.

Les stocks de munitions sont dramatiquement bas et le resteront un moment. C'est le point le plus révélateur. Depuis la fin de la guerre froide, les États européens ont réduit leurs capacités de production militaire, ramené leurs stocks au minimum, et pour de nombreux composants critiques (poudre propulsive, alliages spécifiques, composants électroniques), il ne reste souvent qu'un seul fournisseur en Europe. La guerre en Ukraine a révélé cette fragilité au grand jour, et la guerre Israël-Iran de 2025-2026 l'a confirmée à l'échelle mondiale : les États-Unis ont tiré environ 150 intercepteurs THAAD durant les 12 jours du conflit avec l'Iran près d'un quart de tout l'inventaire jamais acheté par le Pentagone et ont dû détourner des systèmes de défense antiaérienne d'autres régions (dont la Corée du Sud) pour combler les manques. Les délais de livraison pour certains composants stratégiques (carters de fusées en titane, propulseurs solides, capteurs radar) dépassent désormais trois à quatre ans.

Les efforts pour combler ce retard sont réels mais restent insuffisants face à la demande : la capacité de production de munitions de 155 mm dans l'UE est passée de 300 000 obus par an en 2022 à environ 2 millions aujourd'hui une multiplication par plus de six mais les listes d'attente pour les avions, missiles et moteurs continuent de s'allonger plutôt que de se résorber. Rheinmetall vise 1,1 million d'obus de 155 mm par an d'ici 2027, MBDA a doublé sa capacité de production de missiles depuis 2023. Le chiffre d'affaires de l'industrie de défense européenne a atteint 148 milliards d'euros en 2024, en hausse de 60 % depuis 2021.

La contrainte n'est plus l'argent, mais l'usine. C'est le constat le plus important pour comprendre pourquoi ce potentiel dépasse un simple effet d'annonce budgétaire : après trois ans de débats à Bruxelles centrés sur le financement (ReArm Europe, le programme SAFE, le Fonds européen de défense), les analystes du secteur soulignent désormais que le financement n'est plus la contrainte principale c'est la capacité industrielle. Certifier une nouvelle ligne de production prend quatre à cinq ans, les techniciens qualifiés manquent, et des matériaux critiques comme le titane, l'aluminium et les semi-conducteurs sont disputés à l'échelle mondiale. Autrement dit : même si les commandes s'arrêtaient de croître aujourd'hui, il faudrait des années aux industriels du secteur pour simplement rattraper le retard déjà accumulé ce qui donne une visibilité de revenus sur le long terme rarement observée dans un secteur coté.

L'intelligence artificielle capte les capitaux, mais s'invite aussi dans la défense

Le paradoxe apparent l'IA "vole la vedette" à la défense mérite d'être nuancé, car les deux thèmes se recoupent de plus en plus. Les quatre grandes thématiques qui structurent les marchés actions en 2026 sont précisément l'intelligence artificielle, les data centers et l'énergie, la défense et la cybersécurité, et la transition énergétique des thèmes concurrents pour les capitaux, mais pas hermétiques les uns aux autres. La défense moderne intègre déjà massivement l'IA embarquée, les drones autonomes, la cybersécurité et le spatial : la startup allemande Helsing, spécialisée dans l'IA de défense, a levé 223 millions de dollars en série B, un record pour l'IA européenne, illustrant à quel point les deux thématiques convergent plutôt que de s'exclure.

Ce qui s'est passé, c'est moins un abandon de la défense qu'un rééquilibrage temporaire des flux vers un thème perçu comme ayant un potentiel de croissance encore plus rapide à court terme un phénomène classique de rotation sectorielle, pas nécessairement un jugement sur les fondamentaux à long terme du secteur.

Ce que ça implique et ce que ça n'implique pas

Le tableau d'ensemble dessine une situation assez rare sur les marchés : une demande structurelle en croissance quasi garantie sur une décennie (budgets votés, traités engageant les États jusqu'en 2035), une offre industrielle qui met des années à s'ajuster, et des valorisations qui, après la correction récente, se sont dégonflées par rapport à des perspectives de commandes qui, elles, n'ont pas changé.

Cela dit, ce potentiel ne va pas sans risques réels, et il serait malhonnête de les passer sous silence :

  • Le risque diplomatique reste à double tranchant. Une résolution du conflit ukrainien ou d'un autre conflit majeur pourrait peser à nouveau, au moins temporairement, sur le secteur même si les budgets votés sur plusieurs années ne s'annulent pas du jour au lendemain.

  • Les cycles de production sont très longs, avec des risques de retards, de dépassements de coûts et d'annulations de programmes inhérents à ce type d'industrie.

  • Une partie de la hausse attendue est déjà anticipée par les marchés le potentiel décrit ici n'est pas un pari sans risque de correction supplémentaire.

  • La dimension éthique du secteur reste un vrai sujet : de nombreux fonds ESG excluent explicitement l'armement, et la décision d'y investir engage des choix personnels au-delà du seul calcul financier.

Reste un constat difficile à contester : entre des budgets de défense qui grimpent vers 5 % du PIB dans les pays de l'OTAN, plus de 130 conflits actifs dans le monde, et une industrie qui peine toujours à reconstituer des stocks qu'elle sait insuffisants, la trajectoire de fond du secteur ressemble davantage à un rattrapage de plusieurs années qu'à un cycle déjà arrivé à maturité même si son prix, lui, a temporairement pris une pause.

Quatre valeurs qui illustrent bien cette thèse

Au-delà des grands noms historiques (Rheinmetall, Thales, KNDS), une partie du potentiel se joue désormais chez des acteurs plus spécialisés, positionnés sur les segments où la demande dépasse le plus nettement l'offre : drones, systèmes autonomes, hypersonique, guerre sous-marine. Quatre valeurs illustrent bien cette dynamique et pourquoi elles reviennent souvent dans les discussions sur le secteur.

Kratos Defense & Security Solutions (KTOS) Le pari sur la "guerre abordable". Kratos est en train de basculer d'une activité de développement vers une production à grande échelle de drones (Valkyrie), de systèmes hypersoniques et de moteurs, avec un carnet de commandes record autour de 2 milliards de dollars et un pipeline d'opportunités annoncé à plus de 14 milliards. La société a récemment décroché 400 millions de dollars de financements sur l'hypersonique et vise à faire passer sa production de drones Valkyrie de 8 à environ 40 unités par an d'ici fin 2027. Le titre a toutefois perdu près de 65 % depuis son plus haut historique de janvier 2026, les marges restant fines et le cash-flow libre négatif tant que la montée en cadence industrielle se poursuit ce qui en fait un pari sur l'exécution autant que sur la thèse macro.

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