Société

Génération Z : la génération la plus incomprise

Tom Lemarchand
il y a 5 j · 8 min de lecture
Génération Z : la génération la plus incomprise

La crise qui touche la Génération Z est plus complexe qu'il n'y paraît. Cette génération n'est pas pareil, certains aiment se surpasser, créer, entreprendre et travailler sans compter, quand une autre partie aspire surtout à profiter de la vie, à voyager et à ne pas s'user au travail comme ses parents. Mais dans les deux cas, le contexte actuel rend ces aspirations difficiles : les salaires n'évoluent plus au rythme des prix et le travail paie de moins en moins.

La Gen Z est la première à entrer dans l'âge adulte en cumulant crises économiques, rupture sanitaire, révolution technologique et défiance politique, sans le filet de sécurité que ses aînés ont connu.

On lui reproche de ne pas vouloir travailler, de changer d'emploi trop vite, de vivre sur son téléphone, de réclamer du sens. On la juge à l'aune de repères qui n'existent plus : un diplôme qui garantit un emploi, un CDI à 23 ans, un logement accessible avec un premier salaire. Ce décalage entre ce qu'on attend de nous et ce qu'on nous laisse est la source de l'incompréhension.

Depuis ma naissance, j'entends que le pays est en crise et que les Français doivent faire des efforts. J'ai 27 ans et j'ai quitté le foyer familial à 19 ans pour créer ma première société. Je travaille du lundi au dimanche, de jour comme de nuit : j'aime me surpasser et créer. Même ainsi, ce n'est pas facile, et tout le monde ne peut pas ou ne veut pas tenir ce rythme. J'ai aussi dû arrêter mes études, par manque d'argent et parce que rester assise sur une chaise toute la journée n'est pas fait pour moi. Ce que je décris ici, je l'ai vécu, et je le vois chaque jour autour de moi.

Nés dans la crise : l'héritage de 2008

La crise financière de 2008 a marqué l'enfance de la Gen Z avant même qu'elle ne le comprenne. Nous avions une dizaine d'années quand des parents ont vu leur emploi fragilisé, leurs revenus stagner, leur épargne perdre de la valeur ou leur crédit devenir un poids.

Cette génération a grandi dans des foyers où l'on parlait d'argent avec inquiétude : fins de mois, chômage, licenciements, dettes, incertitude. On a appris très tôt que la stabilité n'est jamais acquise et que le travail ne protège pas de tout.

Ce premier choc a façonné un rapport à l'avenir différent de celui des générations précédentes : moins d'insouciance, plus de prudence, un besoin de sécurité et une méfiance envers les institutions censées protéger.

Le Covid : entrer dans la vie adulte à l'arrêt

En 2020, les plus âgés d'entre nous avaient une vingtaine d'années, les plus jeunes étaient encore au lycée. Au moment exact où l'on construit ses amitiés, ses premières expériences professionnelles et son autonomie, tout s'est arrêté.

Confinements, cours à distance, stages annulés, premiers emplois reportés, soirées étudiantes supprimées : une partie de la socialisation qui forge un adulte nous a été retirée. Les études se sont poursuivies derrière un écran, souvent seul dans une chambre étudiante, avec des moyens précaires.

Le Covid n'a pas été « juste une parenthèse ». Il a laissé des traces durables : anxiété, isolement, difficulté à retisser des liens, habitudes de repli. Et il a été le premier d'une longue série.

Se loger et vivre : l'inflation contre les salaires

À la sortie du Covid sont arrivées la guerre en Ukraine, la flambée de l'énergie et une inflation que la France n'avait pas connue depuis des décennies. Le prix des loyers, de l'alimentation, des transports et de l'énergie a grimpé nettement plus vite que les salaires d'entrée.

Pour un jeune qui part de chez ses parents, l'équation est brutale :

  • les loyers sont élevés, surtout dans les grandes villes où se trouvent les emplois ;

  • les propriétaires exigent des garants et des revenus que beaucoup de jeunes n'ont pas ;

  • l'achat est devenu hors de portée, avec des prix élevés et des taux de crédit qui ont fortement remonté après 2022 ;

  • un premier salaire de l'ordre de 2 000 € ne laisse presque rien une fois le loyer, les transports et les charges payés.

J'ai quitté le foyer à 19 ans : je sais ce que signifie arbitrer chaque dépense. Beaucoup de jeunes restent chez leurs parents plus longtemps, ou partent en colocation à 30 ans, non par confort mais par nécessité. On le leur reproche ensuite, comme s'il s'agissait d'un choix.

Les études : une promesse qui s'effrite

On nous a répété : « fais des études, tu auras un bon travail ». On nous a orientés, parfois très tôt, vers des filières présentées comme sûres. Beaucoup se retrouvent à la sortie face à des filières saturées, des stages à rallonge, des CDD et des salaires d'embauche autour de 2 000 € pour des bac+5.

Il faut rester juste : en moyenne, un diplôme protège encore du chômage et reste associé à de meilleurs revenus sur la durée. Mais l'écart entre la promesse et la réalité s'est creusé. L'ascenseur social, lui, a ralenti.

S'ajoute un décalage entre ce qu'enseignent certaines formations et ce que demandent les entreprises. Beaucoup de jeunes découvrent à 23 ans que leurs années d'études ne les ont pas préparés à ce qu'on attend d'eux, et se sentent trahis par ceux qui les avaient orientés. Ce n'est pas un manque d'effort : c'est un système qui n'a pas suivi la transformation du marché.

L'IA : une transformation qui arrive en plein milieu de nos carrières

L'intelligence artificielle s'installe dans le travail de bureau : rédaction, analyse, traduction, support client, programmation, graphisme. Ce sont souvent les postes d'entrée, ceux que l'on confie à un jeune diplômé pour apprendre, qui sont les plus exposés à l'automatisation.

Personne ne sait aujourd'hui combien d'emplois disparaîtront et combien seront créés : les économistes divergent, et les révolutions technologiques passées ont aussi créé des métiers que l'on n'imaginait pas. Mais l'incertitude elle-même pèse. Choisir une filière à 18 ans en ignorant si le métier visé existera encore à 40 ans est une angoisse que nos parents n'ont pas eue dans les mêmes proportions.

La Gen Z est aussi la plus à l'aise avec ces outils. Beaucoup les utilisent déjà pour créer, entreprendre et gagner en productivité. Notre rapport à l'IA est ambivalent : à la fois une menace et une opportunité.

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