Correction sur la tech, small caps à la peine : les midterms sont-ils vraiment le problème ?
Le Nasdaq a lâché près de 3 % vendredi et se trouve à plus de 8 % sous son record d'octobre. Les petites capitalisations, elles, souffrent depuis l'été. Beaucoup en concluent que les élections de mi-mandat du 3 novembre vont aggraver les choses. Les chiffres racontent une histoire plus nuancée. Ils invitent aussi à la prudence : une correction plus profonde reste possible.
Ce texte résume des données publiques. Ce n'est pas un conseil en investissement.
Ce qui s'est passé vendredi
Le 30 octobre, Wall Street a clôturé en nette baisse : le Nasdaq a perdu 2,86 %, le S&P 500 1,82 % (7 580 points) et le Dow Jones 1,09 %. Le VIX, l'indice de la peur, a atteint son plus haut niveau depuis avril.
Le déclencheur est connu : les doutes sur la rentabilité de l'intelligence artificielle sont revenus d'un coup.
Intel a chuté de 28,6 % après des prévisions de chiffre d'affaires très inférieures aux attentes.
Amazon a déçu sur ses résultats : son cloud progresse de 39 %, mais ses dépenses d'IA dépassent ses revenus et le groupe emprunte pour les financer.
Alphabet a dû puiser 9 milliards de dollars dans sa trésorerie.
Les puces ont été massivement vendues : AMD -10,9 %, Broadcom -5,5 %, Micron -5,3 %, Nvidia -4,2 %.
Les investisseurs ne récompensent plus automatiquement les annonces d'investissement dans l'IA. Ils veulent voir le retour sur investissement.
Les small caps : une vraie série noire, mais pas un effondrement
Le Russell 2000 (les petites entreprises américaines) a atteint un sommet autour de 3 063 points en août. Il a ensuite reculé de plus de 9 %. Il a enchaîné six semaines de baisse consécutives, sa plus longue série négative depuis 2018, avant de rebondir de 2 % pendant la semaine du 23 octobre.
Deux nuances importantes :
Au 21 octobre, le Russell 2000 restait en hausse d'environ 11 % depuis janvier. Il s'agit d'une correction depuis un sommet, pas d'un marché baissier installé depuis des mois.
Le rebond de la semaine du 23 octobre est venu d'une baisse des taux, elle-même provoquée par une fuite vers la sécurité. Il est donc fragile.
Pourquoi les petites capitalisations souffrent : les taux avant tout
Les small caps sont plus endettées que les grandes entreprises, et une grande partie de leur dette est à taux variable. Selon State Street, elles sont environ deux fois plus sensibles aux taux que les large caps.
Or le contexte de taux est tendu :
Le rendement du Trésor américain à 10 ans est monté à 5,36 % début octobre. Il est repassé sous 5 % depuis, mais il était encore à 5,15 % le 21 octobre.
Selon FXEmpire, la Fed a relevé ses taux le 16 septembre, pour la première fois depuis 2023. Les marchés à terme anticipent encore deux ou trois hausses de 0,25 point d'ici mi-2027. Je n'ai pas trouvé le résultat de la réunion des 27 et 28 octobre.
Le pétrole reste très élevé : le Brent est à 117,6 $, son plus haut depuis début mai, à cause des tensions dans le détroit d'Ormuz et des attaques sur les raffineries russes. Cela entretient l'inflation, donc la pression sur les taux.
Pour les petites entreprises, le problème n'est donc pas politique. C'est le coût de l'argent.
Les midterms : l'histoire dit plutôt le contraire
C'est le point où l'idée reçue ne tient pas bien. Les élections de mi-mandat ont lieu le 3 novembre, et l'historique est plutôt favorable :
Depuis 1950, le S&P 500 a gagné en moyenne 15,4 % sur les 12 mois suivant des midterms, avec un rendement positif dans 95 % des cas (Fidelity et Capital Group).
Selon BlackRock, depuis 1970, la hausse moyenne sur les six mois après le scrutin est de 14,1 %, contre 5,7 % les années sans élection.
Les actions ont aussi tendance à monter dans le mois qui précède le vote, à mesure que le résultat se précise.
La logique est simple : une fois le résultat connu, l'incertitude disparaît, et les marchés détestent l'incertitude.
Les pronostics donnent l'avantage aux démocrates : environ 92-93 % de chances de prendre la Chambre sur Polymarket et Kalshi (80 % selon Decision Desk HQ), et environ 68 % pour le Sénat. Ce scénario correspond à la moyenne historique la moins favorable de BlackRock, mais elle reste positive : +10,4 % sur six mois quand le parti au pouvoir perd le contrôle total du Congrès, contre +16,1 % dans les autres cas.
Les années de mi-mandat sont en revanche plus faibles que les autres en rendement annuel moyen (7,5 % contre 12,4 %), et 2018 (-4,4 %) et 2022 (-18,1 %) figurent parmi les pires années depuis 2008. Le début d'année 2026, avec +13,1 % jusqu'en août, était au contraire le sixième meilleur début d'année de mi-mandat depuis 1926.
Un point à garder en tête : l'analyse de BlackRock porte sur le S&P 500 et ne couvre pas les small caps. On ne peut donc pas en déduire mécaniquement un rebond du Russell 2000.
On n'est pas à l'abri d'une correction plus profonde
L'historique des midterms n'est pas une garantie, et le contexte actuel est plus fragile que la moyenne. Plusieurs signaux invitent à la prudence :